Baromètre 2021 de la confiance des Français dans les media

Le baromètre sur la confiance des Français dans les médias, réalisé tous les ans par Kantar Public-onepoint pour La Croix, mesure l’évolution des pratiques en matière d’informations des Français et évalue la crédibilité qu’ils accordent aux différents moyens d’information depuis 1987.
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Baromètre de la confiance des Français dans les media
Emmanuel Rivière
Emmanuel
Rivière

Directeur des études internationales et du Conseil politique, Kantar Public

Guillaume Caline
Guillaume
Caline

Directeur de clientèle, Kantar Public France

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Tous les ans, ce baromètre donne aussi un aperçu du traitement médiatique des principaux évènements de l’année.

La crédibilité des médias

Un regain de l’intérêt porté à l’actualité, après une année « historique »

L’intérêt porté à l’actualité enregistre une hausse importante. Après un début d’année 2020 où l’intérêt pour l’actualité avait atteint un niveau historiquement bas, l’année 2021 est marquée par une hausse importante des personnes se déclarant intéressées par les nouvelles données par les moyens d’information (67%, +8 points). Ce niveau d’actualité est similaire à celui enregistré en 2019 et est un des plus élevés des cinq dernières années.

La crédibilité des différents médias s’améliore légèrement mais reste à des niveaux faibles. La radio, avec 52% des Français qui estiment crédible l’information qui y est racontée, reste le média perçu comme le plus crédible, devant le journal (48%) et la télévision (42%).

Ces trois médias enregistrent une légère hausse de leur crédibilité (+2 points chacun par rapport à 2020). Si cette hausse est modérée, c’est la seconde année consécutive qu’elle intervient pour le journal et la télévision après une forte baisse en 2019 (année qui avait suivi la crise des gilets jaunes). Il semble donc que cette amélioration de la crédibilité se confirme.

Internet reste un moyen d’information jugé peu crédible (28% seulement des Français estiment que les informations qui y sont diffusées sont crédibles), mais sa crédibilité enregistre une importante par rapport à l’année dernière : + 5 points.

Une différence peut cependant s’observer selon la préférence partisane. Ainsi, l’intérêt pour l’actualité et la crédibilité perçue du journal ou de la télévision reculent aux deux extrémités du spectre politique, chez les sympathisants de la France Insoumise (33% considèrent crédible l’information diffusée à la télévision) et du Rassemblement national (27%). A l’inverse, ces éléments progressent chez les sympathisants d’Europe Ecologie les Verts (38%), du PS (52%) ou de la République en Marche (57%). La polarisation politique autour de la question des médias semble donc s’accentuer et témoigne d’un clivage de plus en plus important.

L’indépendance perçue des journalistes s’améliore, mais reste critique. Pour 63% (-5 points par rapport à 2020) des Français, les journalistes ne résistent pas aux pressions politiques tandis que 59% (-2 points) estiment qu’ils ne résistent pas aux pressions de l’argent. Si ces chiffres hauts témoignent d’une méfiance sur l’indépendance des journalistes, ils enregistrent une baisse pour la deuxième année consécutive et montrent donc une légère amélioration de l’image d’indépendance des journalistes.

Sur les réseaux sociaux, la crédibilité des informations partagées par les médias divise : 37% des Français ont confiance dans les informations diffusées sur les réseaux sociaux par un site d’information, un média de la presse écrite ou audiovisuelle (contre 47% qui n’ont pas confiance). Si ce chiffre témoigne d’une méfiance, il reste plus élevé que la confiance dans les informations publiées par un « ami » (19% seulement des Français font confiance à ces informations). Ces deux chiffres témoignent donc que la confiance dans les informations diffusées sur les réseaux sociaux est faible.

Ce sentiment de défiance peut s’expliquer par le fait que 63% des Français déclarent être confrontés au moins une fois par mois à une « fake news » (en hausse de 4 points), 44% l’étant même une fois par semaine ou plus. Ce chiffre des Français exposés au moins une fois par mois à une information fausse est plus important chez ceux qui déclarent s’informer surtout sur Internet (78%) par rapport à ceux qui ont recours à la télévision (54%). S’informer sur Internet semble donc augmenter le risque d’être confronté à de fausses nouvelles.

Le rôle des médias

Les médias répondent aux besoins d’information des Français

Malgré une approche plutôt critique des médias et de leur indépendance, les Français ont majoritairement le sentiment qu’aujourd’hui les médias qu’ils consultent le plus leur permettent de répondre aux besoins qu’ils expriment à l’égard du suivi de l’actualité.

Si les Français suivent l’actualité pour des raisons variées, deux grands types de besoins émergent : un besoin de connaissance (savoir ce qui se passe dans le monde : 87% ; savoir ce qui se passe à côté de chez soi : 79%) et un besoin de compréhension (se faire sa propre opinion du monde et de la société : 82% ; mieux comprendre le monde : 79%). Au-delà de ces principaux aspects, s’informer permet aussi de se confronter et d’échanger avec les autres (Discuter avec ses proches : 72%, découvrir ce que d’autres gens que soi pensent : 66%). S’informer a donc un objectif pour les Français et ne sert pas qu’à passer le temps (seuls 35% déclarent s’informer pour passer le temps).

Sur l’ensemble de ces différentes dimensions, une large majorité des Français estime que les médias qu’ils consultent le plus leur permettent de répondre à ces besoins. A titre d’exemple, 91% des Français qui suivent l’actualité pour savoir ce qui se passe ailleurs dans le monde estiment que les médias qu’ils consultent le plus leur permet de répondre à ce besoin.

Les sources d’information

La télévision reste la première source d’information, mais est de plus en plus talonnée par Internet, massivement utilisé par les jeunes.

Dans l’ensemble, la télévision reste le premier moyen d’information des Français (46% sont d’abord informés par ce moyen). Néanmoins, le recours à la télévision comme moyen d’information principal est en légère baisse : - 2 points. A l’inverse, Internet semble prendre une importance de plus en plus grande : 34% des Français déclarent que c’est leur principal moyen d’information (+2 points par rapport à 2020), avec une hausse importante en 6 ans : + 12 points.

Une fracture générationnelle s’observe sur le recours aux médias. Les jeunes de moins de 35 ans privilégient massivement Internet (66% contre 26% qui s’informent surtout par la télévision), le smartphone étant l’outil favori pour cela, alors que leurs aînés ont plus recours à la télévision (53% contre 23% qui utilisent Internet).

Le traitement médiatique des grands événements de 2020

Une année 2020 marquée par une surexposition médiatique de la crise du Covid-19

Evénement phare de l’année 2020, dont les répercussions ont touché l’ensemble de la population française dans le cadre des mesures sanitaires, le Covid-19 a été de très loin l’événement le plus couvert par les médias : l’indice d’impact médiatique de Kantar l’évalue à 7427 UBM, un chiffre très important par rapport à l’ensemble des événements, mais qui s’explique par l’ampleur historique et inédite de ce dernier.

Dans ce contexte, les Français ont le sentiment que les médias ont trop parlé de la pandémie : 74% d’entre eux partagent ce point de vue contre 4% seulement qui estiment qu’on n’en a pas assez parlé.

L’élection présidentielle américaine, autre sujet très couvert, arrive en seconde position des événements qui semblent avoir été trop médiatisés, 45% des Français estimant qu’on en a trop parlé. Cependant, le traitement médiatique de cet évènement semble partager les Français, 47% estimant qu’on en a parlé comme il faut. Même sentiment partagé sur le renoncement du prince Harry et Meghan Markle à leurs titres royaux : 34% pensent qu’on en a trop parlé contre 35% qui pensent qu’on en a parlé comme il faut.

Parmi les événements dont les Français estiment qu’ils n’ont pas été assez évoqués, deux se détachent : la conférence citoyenne sur le climat (48% estiment qu’on n’en a pas assez parlé) et les révélations d’abus sexuels dans le monde sportif (44%).

Dans un contexte marqué par une surmédiatisation de la crise du Covid-19, certains événements ont peu marqué les esprits et souffrent d’un certain manque de notoriété. C’est notamment le cas de l'entrée de l'écrivain Maurice Genevoix au Panthéon (48% ne voient pas de quoi il s’agit), du conflit armé dans la région du Haut-Karabagh (46%) ou du mouvement pour la démocratie en Biélorussie (45%).

Le traitement médiatique de l’épidémie de Covid-19

Les Français sont globalement partagés sur le traitement médiatique du Covid-19.

Le traitement médiatique de l’épidémie semble donner lieu à des perceptions très divisées : 44% des Français estiment que les médias l’ont bien traité contre 43% qui pensent l’inverse. Les sympathisants de la France Insoumise sont particulièrement critiques (58% pensent que le sujet a été mal traité) tout comme ceux du RN (53%). A l’inverse, les sympathisants de la République en Marche sont les moins critiques (33% seulement estiment que le sujet a été mal traité). Globalement, une majorité de Français a le sentiment que les médias qu’ils consultent le plus leur ont permis de comprendre ce qui se passait (64%).

Dans le détail, la perception du traitement de l’information varie selon les sujets. Les Français ont eu le sentiment d’être bien informés sur certains aspects, notamment ceux touchant à la vie quotidienne : l’application des gestes barrières et le port du masque (90% estiment avoir été bien informés) et les règles touchant au confinement et au déconfinement (77%). Bien informés sur ces sujets, les Français sont 54% à estimer que les médias qu’ils consultent le plus leur ont apporté des conseils utiles pour leur quotidien.

Ils se sont sentis aussi plutôt bien informés sur l’évolution de l’épidémie à travers les chiffres clés (62%) et sur les mesures prises par le gouvernement en faveur de l’économie (58%).

En revanche, certains aspects ont donné lieu à un sentiment d’avoir été mal informés : les conséquences psychologiques de l’épidémie et du confinement (53% se sont sentis mal informés), les débats sur la chloroquine (54%) ou encore l’origine du virus (57%).

Ces sujets où les Français se sentent mal informés peuvent être liés à certaines critiques qu’ils émettent sur la couverture médiatique de la Covid-19 par les médias qu’ils consultent le plus : 73% estiment que trop de place a été donnée à des gens qui ne sont pas spécialistes du sujet, 61% à des gens qui expriment un point de vue extrême et 58% qui considèrent même que les médias qu’ils consultent le plus ont relayé de fausses informations.

Au-delà des critiques sur les informations données et les personnes à qui la parole a été donnée, 66% des Français ont le sentiment que les médias ont dramatisé la situation. 

Rappel méthodologique UBM

L’UBM est unindicateur global d’impact médiatique offline et online : 100 UBM = 100% des français de 15 ans et plus exposés = 54 millions de contacts. Le baromètre UBM analyse 120 supports généralistes leaders en audience sur la cible grand public : 43 titres de presse écrite, 57 tranches d’information audiovisuelle, 20 sites media online.

À propos de l'étude

Enquête Kantar réalisée du 7 au 11 janvier 2021, pour La Croix, auprès d’un échantillon national de 1000 personnes représentatif de l'ensemble de la population âgée de 18 ans et plus, interrogées en face-à-face à leur domicile. Méthode des quotas.

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